" Je suis né en mai 68 mais je n'ai pas eu la force de jeter mes premières couches sur les policiers. Depuis toujours, ce mois historique m'a collé à la peau me nimbant d'une auréole révolutionnaire. A 5 ans, je me suis attaqué à la machine capitaliste, en copiant intégralement à la main et en tirant la langue, le journal de Mickey que j'essayai de revendre à mon entourage à des prix qui auraient dû mettre à genoux l'impérialiste américain. Ma cadence de travail fut la source de mon échec. Quand ce fut le tour de ma révolte printanière de lycéen, je ne fis rien : cette fille sublime à la grande couette préférait préparer son bac. Je fis alors de même. La révolution était passée quand j'appris qu'elle préférait les grands blonds. Quand vint le temps de l'occupation de l'école des Beaux-Arts, je n'ai pas pu non plus, j'avais "plonge" dans un resto. J'ai fréquenté les milieux d'extrême gauche à la limite du terrorisme sans jamais oser suivre. Puis en travaillant comme humanitaire, j'ai dessiné les camps de la mort en Roumanie, les massacres des Kurdes après la première guerre du Golfe. Puis la guerre en Croatie, en Bosnie. J'ai découvert la misère de nos propres rues. J' ai dessiné des carnets de voyages quand c'était ringard. J'ai été plasticien, j'ai été néo-dadaïste. Tout ça pour pas grand chose. Je suis devenu professeur. Je suis devenu fonctionnaire. Et enfin, je suis devenu un révolutionnaire efficace. Devant moi, des cerveaux libres et vivants pour une république laïque, démocratique et cultivée ! Ma soif de savoir et la réflexion sont mes armes. Comme le principe d'une révolution est de revenir sur ses bases, en 2005, je suis revenu à la BD. Je suis un vieux débutant mais mon passé nourrit mes planches. Je rêve d'une bande dessinée distrayante, esthétique et intelligente. Instructive et engagée. Un crayon peut changer ce qu'une bombe peut stigmatiser. Je suis né en mai 68 qui me nimbe d'une auréole révolutionnaire malgré moi."